Voici le deuxième article :
Rugby et Pays Basque espagnol : les clubs d’Euskadi à connaître
Hendaye est une ville à part. Traversée par la Bidassoa, séparée d’Irun par un simple pont, elle vit depuis toujours avec cette double appartenance géographique et culturelle qui fait sa singularité. Le rugby y est profondément ancré, mais il serait réducteur de n’envisager ce sport qu’à travers le prisme hexagonal. De l’autre côté de la frontière, en Euskadi — le Pays Basque espagnol — le rugby existe, se développe et mérite largement qu’on s’y intéresse. Portrait d’une scène rugbystique méconnue, à quelques kilomètres à peine du Parc des sports d’Ondarraitz.
Un sport longtemps dans l’ombre du football
Pour comprendre le rugby basque espagnol, il faut d’abord accepter un constat : en Espagne, le rugby n’a jamais réussi à rivaliser avec le football en termes de popularité. L’Athletic Club de Bilbao, la Real Sociedad de Saint-Sébastien, l’Osasuna de Pampelune — ces clubs captent l’essentiel de la ferveur sportive en Euskadi. Le rugby s’y est développé plus discrètement, dans les universités, les clubs sportifs polyvalents, et les quartiers où des communautés britanniques ou françaises s’étaient installées dès le début du XXe siècle.
Pourtant, ce sport a bel et bien pris racine. La Fédération espagnole de rugby compte aujourd’hui plusieurs milliers de licenciés au Pays Basque, et la région dispose de clubs structurés, de compétitions régionales actives et d’une véritable culture rugbystique qui, sans atteindre l’intensité de celle observée côté français, n’en est pas moins authentique et en pleine croissance.
Saint-Sébastien, berceau du rugby basque espagnol
C’est à Donostia-Saint-Sébastien que le rugby basque espagnol trouve son centre de gravité historique. La ville abrite plusieurs clubs dont le RC Arquitectura, l’un des plus anciens et des plus actifs de la région, ainsi que d’autres structures qui évoluent dans les divisions régionales et nationales espagnoles. Le rugby y est pratiqué dans une atmosphère qui rappelle à bien des égards ce que l’on trouve dans les clubs amateurs français : engagement bénévole, convivialité d’après-match, formation des jeunes au cœur du projet.
La ville accueille également des compétitions de rugby à sept qui attirent des équipes des deux côtés de la frontière, créant des ponts naturels entre les clubs français et espagnols. Ces tournois sont souvent l’occasion pour les joueurs d’Hendaye, de Bayonne ou de Biarritz de croiser leurs homologues de Saint-Sébastien ou d’Irun, dans une ambiance fraternelle qui reflète bien l’esprit transfrontalier du Pays Basque.
Irun, la ville voisine et son rapport au rugby
Irun mérite une attention particulière, ne serait-ce que par sa proximité immédiate avec Hendaye. Séparées uniquement par le pont Santiago Apóstol, les deux villes partagent une histoire commune, des familles mixtes et des habitudes de vie qui brouillent allègrement la frontière. Sur le plan sportif, des initiatives communes ont régulièrement vu le jour, notamment dans les sports collectifs où les viviers de joueurs sont naturellement liés.
Le rugby à Irun s’appuie sur une pratique amateur solide, avec des équipes qui participent aux championnats de la Fédération territoriale basque. Les infrastructures sportives de la ville, modernes et accessibles, permettent un développement régulier de la discipline. Si le club d’Irun n’a pas encore atteint la notoriété de certains clubs madrilènes ou catalans en rugby espagnol, il représente un maillon important de la chaîne rugbystique locale, et un partenaire naturel potentiel pour les clubs hendayais.
Bilbao et le rugby urbain basque
Plus au sud, Bilbao constitue l’autre pôle majeur du rugby en Euskadi. La capitale économique du Pays Basque espagnol abrite plusieurs clubs qui évoluent dans les divisions nationales espagnoles, notamment la División de Honor B, deuxième échelon du rugby professionnel et semi-professionnel ibérique. Le Bilbao Basket est une référence en basket-ball, mais côté rugby, des clubs comme le VRAC Quesos Entrepinares — bien qu’implanté à Valladolid — ont montré qu’un rugby de qualité pouvait exister dans le nord de l’Espagne.
À Bilbao même, le rugby se pratique dans plusieurs clubs de quartier, avec une scène universitaire dynamique portée par l’Université du Pays Basque (UPV/EHU), qui dispose de ses propres équipes et participe aux championnats universitaires espagnols. Ce vivier estudiantin est souvent le point d’entrée de nombreux joueurs dans la discipline, avant qu’ils rejoignent des clubs civils.
Des échanges encore trop rares, un potentiel immense
Ce qui frappe, lorsqu’on examine la carte du rugby de part et d’autre des Pyrénées, c’est le manque de formalisation des échanges entre clubs français et espagnols du Pays Basque. Les affinités culturelles, linguistiques — l’euskara est partagé des deux côtés — et géographiques créent pourtant des conditions idéales pour des jumelages de clubs, des tournois transfrontaliers réguliers ou des partenariats de formation entre académies.
Quelques initiatives existent déjà, portées par des individus passionnés qui voient dans cette frontière non pas une limite mais une opportunité. Des matchs amicaux entre clubs d’Hendaye et d’Irun ont eu lieu par le passé. Des joueurs basques espagnols ont rejoint des clubs français, et inversement. Mais tout cela reste encore informel, ponctuel, insuffisamment structuré pour créer une véritable dynamique durable.
Le Stade Hendayais, de par sa position géographique unique en France — littéralement posé sur la frontière — a une carte à jouer dans ce rapprochement. Être le club-passerelle entre deux cultures rugbystiques qui partagent les mêmes racines, la même langue ancestrale et la même passion pour l’ovale : voilà une identité que peu de clubs en France peuvent revendiquer.

